"De Flaubert à Zola : 15 extraits pour découvrir la littérature du XIXè siècle" de Michel Laporte


Les éditions Flammarion Jeunesse proposent des ouvrages qui permettent de rendre accessible la littérature sur un mode moins scolaire et donc plus attractif. Je vous avais parlé, il y a quelque temps d’un très bon ouvrage sur le théâtre du XVIIè : Les Lumières du théâtre de Anne-Marie Desplat-Duc, ouvrage que je vous conseille à nouveau. Le 17 octobre est paru cette anthologie de la littérature du XIXè proposée par Michel Laporte.

Bien que se proposant de dresser un panorama de la littérature de la seconde moitié du XIXè, Michel Laporte aborde cependant la littérature d’un point de vue plus sociologique que littéraire : C’est en effet la vie des Françaises et des Français qu’on y découvre au cours de ce demi-siècle (p.7). Le découpage des chapitres le montre bien : Enfances ; La Vie de Famille ; Vivre au jour le jour etc. C’est un choix comme un autre, ce n’aurait pas été le mien, mais je m’en expliquerai plus loin.

Chaque chapitre est donc composé comme suit : un développement sur le contexte historique et sociologique – un extrait d’une œuvre souvent assez complet – un développement sur le livre – un développement sur l’auteur. Les extraits sont donc bien encadrés et ces encadrements explicatifs donnent quelques informations plus ou moins intéressantes. Pour chaque chapitre plusieurs extraits sont proposés.

Michel Laporte cherche donc à couvrir une période littéraire allant de Flaubert (autour de 1850) à Zola (fin XIXé, il évoque le fameux "J’accuse" datant de 1898), cinquante ans donc de littérature française, époque particulièrement riche voire âge d’or de la littérature. Voici les auteurs cités : Marguerite Audoux – Jules Vallès – Charles Fourier – Gustave Flaubert (3 fois) – la Baronne Staffe – Zola (4 fois) – Joris-Karl Huysmans – Victor Hugo – la Comtesse de Ségur – Jules Verne (2 fois)… et voilà !

Autant vous dire que cette liste me laisse songeuse ! Quid de Maupassant, de George Sand (évoquée certes, mais aucune oeuvre citée), de Dumas, de Rimbaud, de Verlaine, de Théophile Gautier, de Villier de l’Isle-Adam, de Baudelaire, des frères Goncourt, etc. etc.?

Pourquoi citer plusieurs extraits de l’œuvre d’un même auteur quand tant d’autres restent sur le carreau ? Pourquoi la baronne de Staffe qui n’a écrit que des manuels de savoir vivre à l’usage des femmes ? Pourquoi Fourier, certes important d’un point de vue sociologique mais secondaire d’un point de vue littéraire ?

L’orientation sociologique de cette anthologie est, comme je le disais au début, un choix et comme tout choix il peut être contestable. Le problème ici est que le sous-titre de l’ouvrage est explicite : 15 extraits pour découvrir la littérature du XIXè siècle. Or il est à peine question des mouvements littéraires : réalisme, naturalisme, décadentisme, fantastique… Michel Laporte n’en dit quasi rien ou mets ces termes entre guillemets pour une raison obscure (p.201). Ceci me paraît bien dommage et rejoint une exaspération qui m’envahit régulièrement quand je fais passer des oraux de littérature aux élèves de Première. Ces chers élèves sont quasi incapables de classer les auteurs dans ces mouvements littéraires voire dans le siècle. Or, si je trouve souvent inutile les informations biographiques pour expliquer une œuvre, il me semble que l’ancrage d’une œuvre dans son mouvement littéraire ou dans ses influences littéraires est primordial pour en mieux comprendre le sens. L’ancrage dans l’histoire des idées est essentiel. Si nous prenons notre deuxième moitié du XXè siècle il nous paraîtrait aberrant de parler de Sartre sans évoquer l’existentialisme (et comment comprendre son œuvre sans cela) et de le rapprocher, sous le prétexte d’un thème commun avec un Mondiano, par exemple. Tout cela, pour moi, entraine une confusion dans les esprits. Les écrivains ne sont pas des sociologues ou des historiens, ils sont avant tout des artistes qui réfléchissent sur la littérature, sur une façon de faire correspondre l’expression de leurs idées et de leurs sentiments à leur siècle. Les thèmes en littérature sont immuables, la plupart des auteurs ont parlé de l’enfance, de la guerre, de la vie tous les jours, du mariage, mais ce n’est pas cela le plus important, le plus important est de savoir COMMENT ils en ont parlé. Rendre accessible, vulgariser au sens noble du terme a souvent trop tendance à pousser vers une facilité de traitement que je trouve déplorable.

Oui, je pousse un coup de gueule, et même je vais enfoncer le clou. Car je n’ai encore rien dit des fameux développements. J’ai été éberluée par le style ou plutôt l’absence de style employé. Il y a dans ces développements une volonté de faire d’jeune que je trouve à la limite du ridicule. Exemple : Vallès a pas mal "galéré" (p.44) ou encore le fils de Jules Verne a beaucoup trafiqu[é] les textes de son père (p.256) sans que l’on nous explique en quoi ont consisté ces modifications. Mais si ce n’était que cela. En voulant rendre simple le style employé dans ces développements explicatifs, Michel Laporte tombe dans une absence de syntaxe : deux phrases successives commençant par Il s’agit ou C’est, répétition des mêmes termes dans deux phrases successives : il travaille un temps chez un éditeur. Cela lui permet de se faire des relations dans le milieu littéraire du temps et de se lancer dans la littérature, ce dont il rêve depuis longtemps déjà. (p.117), sans parler de l’emploi de certains termes étranges : Joris-Karl Huysmans (ses vrais prénoms étaient en fait…) (p.200), il faut donc croire qu’il existe de faux prénoms ????

Certes, ces initiatives auprès des jeunes lecteurs sont toujours louables, mais il est regrettable de ne pas respecter davantage ces jeunes lecteurs. Les développements explicatifs semblent d’autant plus mal écrits qu’ils côtoient de grands textes de la littérature. La présence de Huysmans souvent négligé par les professeurs de collège ou de lycée est remarquable, mais cette présence aurait été encore plus valorisée si les auteurs cités dans cette anthologie avaient été plus nombreux et variés.

La lecture de cette anthologie a donc provoqué chez moi une exaspération, un énervement dont il me fallait rendre compte ici.

Livre lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire.

Merci aux Éditions Flammarion Jeunesse.

"Notes pour les livres à venir" Gustave Flaubert


Cet ouvrage est composé à la fois du journal de jeunesse de Flaubert, et de différentes notes prises par l’auteur en parallèle de l’écriture de ses romans.

Flaubert tenait des carnets de Molestine à fermoir dans lesquels il prenait des notes, notait des plans de romans, ou des remarques de lectures. Ces carnets révèlent donc le laboratoire d’écriture d’un des plus grands auteurs français du XIXème siècle.

Le Cahier de 20 ans, est donc un journal intime qui présente sa vocation d’écrivain. A sa lecture on découvre un jeune homme ambitieux, sûr de sa vocation, rêvant de gloire.

Les Notes des livres à venir rassemblent plusieurs réflexions sur l’écriture, mais aussi des notes érudites sur des termes exotiques (pour Salmmbô par exemple.) Lire cet ouvrage c’est véritablement plonger dans l’esprit en effervescence de Flaubert, un esprit savant, et en même temps s’interrogeant sur son art, son écriture, mais aussi sur la vie, les relations humaines.

Ce livre ne se lit pas de la page 1 à 126. Il faut y aller à la cueillette, y piocher quelques phrases, réfléchir, le refermer pour mieux l’ouvrir quelques jours plus tard.

En introduction, les éditeurs s’expliquent sur leurs choix éditoriaux, annonçant que les ratures ont été supprimées, ainsi que les croquis. La suppression des croquis me paraît un peu regrettable. Je me souviens de l’édition de l’autobiographie (La Vie d’Henry Brulard) de Stendhal et de ses croquis si expressifs et intéressants. J’aurais bien aimé voir ceux de Flaubert !

On regrettera également la malencontreuse faute de frappe dès l’ouverture : Georges Sand ! Dommage quand même que ça tombe sur moi !

Quoiqu’il en soit, ce livre est une aide intéressante, un éclairage supplémentaire sur l’œuvre de Flaubert, et les écrits intimes sont toujours touchants, comme une trace tangible de l’existence des auteurs.

Livre lu grâce au Partenariat Babelio et les éditions "Atelier de l’agneau".

 

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