Marilyn Monroe dormait avec quelques gouttes de Chanel N°5, des êtres que nous aimons et qui ne sont plus, surgissent parfois de façon étrange quand nous ouvrons un flacon oublié… Le parfum, c’est une essence de fleurs, de bois de senteur, c’est aussi l’essence des êtres et la réminiscence de moments heureux, le souvenir devient presque palpable.
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"Guidé par ton odeur vers de charmants climats" (Baudelaire)
Publié par les Livres de George le mai 18, 2013
http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2013/05/18/guide-par-ton-odeur-vers-de-charmants-climats-baudelaire/
Journée de la femme !
Currer Bell, George Eliot, George Sand, toutes, victimes du conflit intérieur comme en témoignent leurs écrits, cherchèrent en vain à se voiler en se servant d’un nom d’homme. Elles rendaient ainsi hommage à cette convention qui, si elle n’a pas été créée par l’autre sexe, a du moins été si fortement encouragée par lui (la plus grande gloire pour une femme est qu’on ne parle pas d’elle, disait Périclès qui était, lui, un des hommes dont on parle le plus), que toute publicité les concernant est détestable.
Virginia Woolf, Une chambre à soi, 1928



Publié par les Livres de George le mars 8, 2013
http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2013/03/08/journee-de-la-femme/
Pierre Salomon et Jean Chalon : biographes de George Sand
J’ai passé mon après-midi d’hier à lire la fin des biographies de George Sand, l’une de Pierre Salomon, George Sand, l’autre de Jean Chalon, Chère George Sand. Je me suis concentrée sur les dix dernières années de la vie de George Sand, période de sa vie que je connaissais le moins comme si je m’étais, jusqu’à présent, refusé de voir, de lire ce qui concerne la fin de vie de George Sand. Je me souviens d’ailleurs de n’avoir jamais terminé la bio écrite par Maurois un peu pour cette raison.
Lire en simultanée deux biographies sur le même auteur et sur la même période est une expérience un peu particulière dont je voulais vous parler. Si les deux biographes reprennent en gros les principaux moments clefs de la vie de Sand entre 1865 et 1876, le traitement est un peu différent.
Sans doute faut-il tenir compte des dates de publications de ces biographies. Celle de Pierre Salomon date de 1953, celle de Chalon de 1991. La biographie générale que je préfère à propos de George Sand reste celle de Joseph Barry, George Sand ou le scandale de la liberté parue en 1982, très complète et enrichie de nombreux extraits de ses œuvres et de sa correspondance, elle correspond exactement à ce que j’attends d’une biographie.
Pierre Salomon était un homme érudit, professeur agrégé puis proviseur du Lycée Buffon à Paris. Sa biographie s’intéresse à l’œuvre de Sand et non principalement à ses amants. Jean Chalon est journaliste et écrivain. Quand on consulte sa biographie, on constate qu’il s’est spécialisé dans les biographies de femmes célèbres. Si le premier publie dans une collection qui se définit comme littéraire, le second, chez Flammarion, touche une cible de lecteurs plus élargie. Une professeur d’université spécialiste de Sand m’avait d’ailleurs confié que Jean Chalon n’avait fait que des copiés-collés d’autres bio et que son Chère George Sand n’apportait pas grand chose de neuf pour les spécialistes.
Je ne me considère pas comme une spécialiste de la vie de George Sand, j’ai encore beaucoup à apprendre. Je crois connaître relativement bien son œuvre mais plusieurs aspects biographiques me restent mal connus, si bien que la lecture des biographies m’apporte toujours beaucoup et j’aime notamment apprendre de petites anecdotes qui me la rendent plus proche. Les biographies m’aident surtout à mieux saisir ses convictions, ses réactions face à certains évènements historiques (comme la Commune par exemple) et sans doute à mieux lire ensuite sa correspondance.
Mais ce qui m’a étonnée avant tout est la façon dont est abordée l’œuvre de George Sand. Jean Chalon reste assez silencieux, se contentant la plupart du temps de citer les œuvres sans en montrer l’intérêt, notamment concernant les derniers romans et se concentrant surtout sur les évènements de sa vie de femme oubliant un peu l’écrivain.
Mais c’est Pierre Salomon qui m’a le plus surprise. Est-ce dû à l’époque de la publication de cette biographie et au fait que les études sur l’œuvre de Sand étaient encore peu développées, mais j’ai noté dans les dernières pages de la biographie écrite par Salomon, des jugements assez durs sur son œuvre. George Sand écrirait presque mécaniquement, sans conviction, en reprenant toujours les mêmes ficelles et essentiellement emportée par son imagination : l’absence d’efforts entraîne l’automatisme (p.164) ; la technique n’est jamais au point (p.165). Son talent résiderait dans son observation de la nature et dans sa capacité à la restituer dans son œuvre. Certaines phrases m’ont fait quelque peu bondir comme : Elle arrange ses souvenirs, elle idéalise son rôle avec une naïveté désarmante (p.161). Ah les femmes peuvent être tellement désarmantes ! Les dernières pages de la biographie de Pierre Salomon ne sont guère à l’avantage de Sand : sa pensée devient timorée (p.160) ; elle mendia trop souvent les faveurs impériales (p.160) ; la matière de cette œuvre si vaste, c’est avant tout la personnalité de son auteur (p.161). Je ne sais si c’est moi, mais il me semble lire là une certaine condescendance qui gomme toute la matière romanesque de Sand et notamment l’intérêt littéraire de son œuvre qui se réduit à n’être qu’un épanchement sentimental inspiré de sa propre vie. Même dans les compliments Salomon semble ne pas pouvoir s’empêcher de glisser quelques nuances : Le Péché de monsieur Antoine, Le Meunier d’Angibault, ne sont pas aussi "intolérables" (p.162), donc ils le sont un peu quand même.
J’ai été très étonnée de ce jugement critique et peu flatteur de l’œuvre de Sand de la part d’un biographe. Non que les biographies doivent être des hagiographies, et il est normal de soulever dans la vie des grands hommes ou des grandes femmes leurs faiblesses, leurs revirements, cependant les jugements émis sur son œuvre me semblent très réducteurs. George Sand était la première à juger son œuvre avec légèreté, même si parfois ce jugement était surtout le résultat d’une humilité certaine et du fait qu’elle ne se prenait pas au sérieux, mais les études multiples sur son œuvre ces dernières années ont bien montré depuis lors que les romans de Sand ne sont pas que des romans de bonnes femmes et que les derniers romans, ceux écrits après 1860 (et que souvent on connaît moins bien car ils sont peu réédités) révèlent autre chose d’un simple romanesque réchauffé.
Ces biographies sont donc teintées, et le titre de celle de Chalon le souligne parfaitement, des préjugés qui ont toujours eu cours sur Sand. Même si on lui reconnait une œuvre engagée, cette imagination toute féminine, cette folle du logis, témoigne bien des jugements toujours un peu dépréciatifs que les hommes portent sur les œuvres des romancières. D’ailleurs pour Salomon, Sand est plus une conteuse qu’une romancière ce qui finit de m’achever !
Une lecture donc qui, si elle m’a permis de mieux connaître les évènements qui ponctuèrent les dix dernières années de la vie de Sand, me laisse un goût amer sur le jugement émis sur son œuvre.
Biographies lues dans le cadre du Challenge George Sand, et du Challenge Romantique.


Publié par les Livres de George le février 27, 2013
http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2013/02/27/pierre-salomon-et-jean-chalon-biographes-de-george-sand/
"Challenge Amoureux, saison 3" by L’Irrégulière
Décidément je suis dans une phase amour toujours en ce moment côté challenge ! L’Irrégulière relance pour la 3ème année consécutive son fameux Challenge Amoureux avec, cette année encore, un magnifique logo !
Il est facile de comprendre que le but du jeu est de lire des romans qui parlent d’amour, mais ce qui m’a plu dans ce challenge est que L’Irrégulière nous laisse libres de créer nos propres catégories ! Il faut en définir 5 et les remplir de lectures !
Après m’être un peu creusé la tête, voici ce que je suis parvenue à sortir :
1. Amours Classiques
2. Amours Contemporaines
3. Amours Romanesques
4. Amours Historiques
5. Amours Adolescentes
J’aime ce terme qui change de genre quand il est au pluriel !
Cinq catégories qui, vous l’aurez noté, correspondent à 5 types littéraires : les classiques de tous pays mais sans doute plus français et anglais (je me connais!) ; les contemporains ; les romances ou tout ce qui est bit-litt et autres ; les polars et enfin les romans pour ado ! Certaines participantes ont été bien plus inventives que moi, et l’on trouve ainsi des catégories avec des titres très poétiques (n’est-ce pas Syl.) !
Le challenge s’est ouvert le 14 février (cela va de soi) et se refermera le 14 février 2014 ! Un an donc pour lire des histoires d’amour à nous faire chavirer le cœur !
J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé.
George Sand.
Publié par les Livres de George le février 26, 2013
http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2013/02/26/challenge-amoureux-saison-3-by-lirreguliere/
"On ne badine pas avec l’amour" d’Alfred de MUSSET
Quand on prend le pseudo George en référence à George Sand, on a forcément une certaine tendresse pour Alfred de Musset, tendresse qui pousse parfois même à baptiser son chat de ce prénom.
Hier après-midi, j’ai voulu me rafraîchir la mémoire et j’ai repris mon vieil exemplaire rassemblant les pièces les plus célèbres de Musset. Ce pauvre exemplaire présente les défauts des GF Flammarion, la colle sèche et la tranche a lamentablement craqué, du coup les pages se séparent. Le temps a aussi son effet sur les livres.
Alfred de Musset écrit On ne badine pas avec l’amour en 1834, de retour de Venise et après sa rupture avec George Sand. L’écriture de cette pièce est mue par une commande de Buloz, directeur de la célèbre Revue des deux mondes. Musset n’est guère enthousiaste, mais il l’écrit en deux mois avant de se lancer dans la rédaction de La Confession d’un enfant du siècle.
Alfred de Musset appartient à la deuxième génération romantique, celle qui commence vers 1830 et dont George Sand fait également partie. Il est romantique dans l’âme et influencé, pour le théâtre, par les préceptes de Victor Hugo sur le drame romantique.
Pour parler d’une pièce de Musset, il est un peu nécessaire de se replacer dans le contexte. Victor Hugo dans sa préface à Cromwell (1827) et Stendhal, avant lui en 1823, dans Racine et Shakespeare, en avaient posé les principes. Comme à chaque changement d’époque, la littérature évolue. Le drame romantique veut donc rompre essentiellement avec le carcan des règles classiques : volonté de réalisme, personnages ambivalents et originaux, mélange des tons (comique, tragique, drame) et prose. Musset est sans doute celui qui a le plus suivi les préceptes du drame romantique et cette pièce, et plus encore Lorenzaccio écrite en 1833, y répond assez fidèlement. Musset a donc largement contribué à l’éclosion du drame romantique sur la scène du théâtre des années 30.
A une époque indéterminée, Perdican revient dans le domaine de son père après des études de droit qu’il a suivies à Paris. Le voilà érudit. Parallèlement, sa cousine, Camille, vient de sortir du couvent et se rend également chez le baron pour récupérer l’héritage de sa mère. Les deux jeunes gens se revoient donc après avoir été séparés quelques années. Le baron, père de Perdican, est bien décidé à les marier. Depuis leur enfance, Perdican et Camille étaient promis à ce mariage, mais l’attitude froide de Camille, devenue dévote accomplie, semble remettre en question leur union. Si Perdican semble nostalgique de ce temps de l’enfance innocente, Camille donne l’impression de l’avoir oublié. Entre eux va donc s’engager un jeu dangereux dont Rosette, la soeur de lait de Camille, va en être la principale victime.
Sa rupture avec George Sand va fortement marquer l’œuvre d’Alfred de Musset : dans ses poèmes (6 poèmes lui sont explicitement dédiés), dans son œuvre romanesque (La Confession d’un enfant du siècle) et bien sûr dans ses pièces de théâtre. Leur passion alimentée par de nombreuses lettres va donc nourrir l’œuvre, ce qui est aussi le cas pour George Sand, mais sans doute avait-elle une plus forte capacité à se remettre. Je ne reviendrai pas sur les rebondissements divers de cette liaison qui fut bien tumultueuse. Quoiqu’il en soit, dans l’œuvre de Musset, George Sand apparaît souvent comme une femme froide, hautaine, qui a oublié leur amour, comme en témoigne ces vers :
Toi qui me l’as appris, tu ne t’en souviens plus
De tout ce que mon coeur renfermait de tendresse,
Quand, dans nuit profonde, ô ma belle maîtresse,
Je venais en pleurant tomber dans tes bras nus !
La mémoire en est morte, un jour te l’a ravie
Et cet amour si doux, qui faisait sur la vie
Glisser dans un baiser nos deux cœurs confondus,
Toi qui me l’as appris, tu ne t’en souviens plus.
Camille, comme George Sand, ne souhaite pas se souvenir du passé. Ayant écouté les récits des amours défuntes de ses consœurs de couvent, Camille craint l’amour sans l’avoir connu. Son âme est déchirée entre sa foi et sa volonté de retourner au couvent, et son désir d’amour pur et réel entaché par les histoires d’abandons et de tromperies qu’on lui a racontées. Perdican se montre plus désinvolte. Il a connu des femmes, mais l’amour, le vrai, semble lui avoir échappé, ce qui ne l’empêche pas de croire à l’amour et préfère souffrir d’amour que de n’aimer jamais. Cette pensée de Perdican est d’ailleurs une pensée de George Sand :
On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de la tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. (Acte II Scène V)
Cette réplique, que l’on associe toujours à Alfred de Musset, est en fait un extrait d’une lettre de George Sand à Musset (12 mai 1834). On voit à quel point Sand le hante. La douleur dans l’amour est bien sûr un trait fortement romantique, mais Musset a le talent de transcender le vécu pour le mettre au service de son art, et sa pièce ne peut être perçue comme autobiographique.
Les éléments du Drame Romantique sont bien présents, avec des personnages, comme le Baron ou le curé, maître Bridaine (surtout porté sur la bouteille) ou l’ancien précepteur de Perdican, maître Bladius. Le Baron ne cesse de s’étonner de tout, ne comprend rien aux comportements de ses enfants. Ces personnages permettent une rupture de ton en provoquant des scènes assez comiques.
L’autre élément romantique est cet anticléricalisme très présent dans cette pièce. Louise l’amie de couvent de Camille apparaît comme une femme aigrie, triste et ayant perdu toute espérance ; la gouvernante de la jeune fille, Madame Pluche est une femme acariâtre et le couvent en lui-même apparaît peuplé de femmes aigries et malheureuses influençant les jeunes novices :
Il y a deux cents femmes dans ton monastère, et la plupart ont au fond du cœur des blessures profondes ; elles te les ont fait toucher, et elles ont coloré ta pensée virginale des gouttes de leur sang. Elles ont vécu, n’est-ce pas ? et elles t’ont montré avec horreur la route de leur vie ; tu t’es signée devant leurs cicatrices, coe devant les plaies de Jésus ; elles t’ont fait une place dans leurs processions lugubres [...] O mon enfant ! Sais-tu les rêves de ces femmes, qui te disent de ne pas rêver? Sais-tu quel nom elles murmurent quand les sanglots qui sortent de leur lèvres font trembler l’hostie qu’on leur présente ? (Acte II, scène V).
Enfin, et je n’ai pu m’empêcher de penser à Jane Austen, quand Musset, dans sa pièce, condamne l’orgueil qui aveugle et fait commettre les pires actes : L’orgueil, le plus fatal des conseillers humains [...] qu’es-tu venu faire sur nos lèvres, orgueil, lorsque nos mains allaient se joindre ? (Acte III, Scène VIII).
Il y aurait encore beaucoup à dire sur le badinage, hérité du marivaudage, sur l’utilisation des lettres, sur les scènes épiées par un autre personnage, sur les quiproquos, sur l’innocence sacrifiée, mais je vous laisse découvrir ou redécouvrir tout cela.
Pièce lue dans le cadre du Challenge Romantique

Publié par les Livres de George le février 6, 2013
http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2013/02/06/on-ne-badine-pas-avec-lamour-dalfred-de-musset/
"Flavie" de George SAND
Voilà bien longtemps que je néglige celle qui pourtant est la figure tutélaire de ce blog, celle qui m’a accompagnée tant d’années et dont il me reste encore à découvrir bien des romans. Il était grand temps que je revienne à mes premières amours littéraires qui me constituent et ont fait la lectrice que je suis.
Ce "petit roman", comme Sand elle-même se plait à le nommer, fut acheté en avril à Nohant même, il est donc porteur d’une aura encore plus forte.
Roman épistolaire se déroulant à Florence, Milan pour finir à Paris, il rend compte d’un échange de lettres entre Flavie de Ker… et son amie Robertine. La première est une jeune fille de 21 ans qui se dit déjà "vieille fille", la seconde est mariée et mère de famille. Flavie est coquette, spirituelle et superficielle, se plaisant à faire chavirer le cœur des hommes sans parvenir elle-même à être touchée par l’amour. A Rome, où elle a séjourné quelques temps avec son père féru de botanique, elle a fait la connaissance de Malcolm Rosemonde, lui-même passionné de sciences naturelles, et envisage de l’épouser plus par amitié pour sa mère que pour lui-même. Mais avant de se décider franchement, elle a besoin de se faire une idée plus précise de l’homme. Aussi le couple père/fille et le couple mère/fils s’installent-ils à Florence quelques semaines afin de mieux se connaître. C’est à Florence qu’apparaît un homme de condition inférieure, quelque peu mystérieux, savant pourtant reconnu, un certain Emile Villemer.
Comme souvent dans les romans écrits après 1850 (celui-ci date de 1859), George Sand met en scène une de ces jeunes filles coquette, à "la tête légère", orgueilleuse de son rang et hautaine pour les personnes qu’elle n’estime pas digne d’elle, mais ayant des aspirations de femme libre qui lui viennent sans conteste d’une éducation paternelle trop permissive. Aussi a-t-elle des idées sur le mariage très arrêtées (du moins au début) qui nous la rendent assez sympathique malgré tout : [...] je veux qu’il respecte les miens [ses goûts], qu’il ne gêne aucune de mes habitudes ou de mes fantaisies, qu’il se fie aveuglément à ma parole qui sera chose sacrée pour moi, et qu’il me laisse mener la vie qui convient à mon caractère et à mes idées. (p.17). Ces idées bien arrêtées trahissent néanmoins une absence de sentiments, et cet homme qu’elle décrit comme un futur mari possible n’est en fait rien d’autre que son père, et elle semble décrire ici davantage le rapport qu’elle entretient avec son père, qu’un quelconque rapport marital et donc amoureux. Son amie Robertine n’est pas dupe d’ailleurs quand elle lui répond : Espérons que ce beau Malcolm mettra un peu d’amour dans ce cœur endormi (p.29). Ce roman raconte finalement comment l’amour vient aux filles pour paraphraser en le modifiant le conte de La Fontaine.
Car tout est là, et une fois de plus chez Sand, l’amour surgit là où nous ne l’attendions pas, bousculant les convenances, les pensées arrêtées, éclairant d’un jour nouveau l’existence et révélant la vérité sur soi.
Flavie va donc petit à petit, comme le papillon du même nom dont il est également question dans le roman, sortir de sa chrysalide pour devenir papillon, mais Sand use ici de la métaphore non d’un point de vue physique (comme cela est souvent le cas), puisque la jeune fille est reconnue dès le début d’une grande beauté, mais d’un point de vue moral. Elle va enfin sortir d’elle-même pour découvrir le monde autour d’elle : Vois-tu, j’avais vécu trop factice, antinaturelle, dans le convenu du monde, dans le scepticisme de l’esprit et dans le vide du cœur. (p.92).
Femme sans passion, si ce n’est passion d’elle-même, l’amour la heurte de plein de fouet et lui fait ravaler ses préjugés. J’ai beaucoup pensé à Elizabeth Bennet en lisant ce roman, non pour le rapport au superficiel, mais pour cette ironie dans les lettres et ces préjugés sur les êtres. Bien sûr les rangs sont opposés entre Lizzie et Darcy et Flavie et Emile, mais les préjugés de classe sont présents et le traitement à quelques similitudes, je ne saurais dire cependant si Sand lut Jane Austen, il me plaît à le penser.
Quoiqu’il en soit, George Sand signe ici un roman à la fois romanesque et ironique, dans lequel elle prend une certaine distance avec le romantisme (il gagnait, avec une agilité superbe, le sommet d’un grand vilain rocher que les petites Anglaises, ses cousines, avaient déclaré "beautiful" : elles sont romantiques. p.24). Sand est en effet, en 1859, dans une phase plus positiviste que romantique comme en témoigne l’empreinte scientifique de ce roman, mais l’amour n’est pas que l’apanage des romantiques. Toutefois bien des éléments marquent encore l’appartenance de Sand au romantisme : l’Italie, le titre prénom de l’héroïne ou encore un certain socialisme perceptible.
Livre publié aux Éditions Le Jardin d’Essai, disponible à la librairie du domaine de Nohant et sur commande dans toutes les bonnes librairies.
Roman lu dans le cadre du Challenge Romantique, du Challenge George Sand, du challenge Un classique par mois et du Challenge Il Viaggio.
Publié par les Livres de George le novembre 20, 2012
http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2012/11/20/flavie-de-george-sand/
Samedi sandien #36 : "Histoire de ma vie" de George Sand (citation)
Aujourd’hui, je n’ai pas beaucoup le temps de vous préparer un billet sur une lecture sandienne, alors je vous offre un passage de l’autobiographie de Sand, Histoire de ma vie, dans lequel Sand parle des contes de fées :
Pourtant les princesse et les rois des contes de fées firent longtemps mes délices. C’est que, dans mes rêves d’enfant, ces personnages étaient le type de l’aménité, de la bienfaisance et de la beauté. J’aimais leur luxe et leurs parures, mais tout cela leur venait des fées, et ces rois-là n’ont rien de commun avec les rois véritables. Ils sont traités d’ailleurs fort cavalièrement par les génies, quand ils se conduisent mal, et à cet égard ils sont soumis à une justice plus sévère que celle des peuples.
Les fées et les génies ! Où étaient-ils, ces êtres qui pouvaient tout, et qui, d’un coup de baguette, vous faisaient entrer dans un monde de merveilles? Ma mère ne voulut jamais me dire qu’ils n’existaient pas, et je lui en sais maintenant un gré infini. Ma grand-mère n’y eût pas été par quatre chemins si j’avais osé lui faire les mêmes questions. Toute pleine de Jean-Jacques et de Voltaire, elle eût démoli sans remords et sans pitié tout l’édifice enchanté de mon imagination. Ma mère procédait autrement. Elle n’affirmait rien, elle ne niait rien non plus. La raison venait bien assez vite à son gré, et déjà je pensais bien par moi-même que mes chimères ne se réaliseraient pas ; mais si la porte de l’espérance n’était plus toute grande ouverte comme dans les premiers jours, elle n’était pas encore fermée à clef, il m’était permis de fureter autour et de tâcher d’y trouver une petite fente pour regarder à travers. Enfin je pouvais encore rêver tout éveillée, et je ne m’en faisais pas faute.
Histoire de ma vie, George Sand, Ed. La Pléiade, tome 1, pp.629/630
J’aime beaucoup ce passage parce qu’il définit un peu la poétique sandienne : l’imagination, des personnages idéalisés qui œuvrent pour le bien, et toujours une condamnation de la monarchie. Ce passage n’est pas innocent, les lectures d’enfance, pour les écrivains ont sans doute quelque peu conditionné leur oeuvre. Et quand Sand écrira ses contes d’une grand-mère, à la fin de sa vie, elle reviendra à ses contes de fées.

Publié par les Livres de George le juin 23, 2012
http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2012/06/23/samedi-sandien-36-histoire-de-ma-vie-de-george-sand-citation/
Samedi Sandien #35 : Lettre à Jules Janin
Aujourd’hui, j’ai eu envie non pas de vous parler de George Sand, mais de vous la faire lire. Je me suis dit que, finalement, le discours autour des œuvres ou des écrits ne vaut jamais autant que la lecture elle-même. Aussi, en plus des billets sur l’œuvre de George Sand, je ferai parfois, comme ce matin, des billets dans lesquels je recopierai des extraits de son œuvre romanesque, autobiographique ou épistolaire. En souhaitant que ces extraits entraînent des réflexions, des remarques de votre part.
Pour ouvrir le bal, j’ai voulu vous faire partager cette lettre datant, d’après Georges Lubin, de la première quinzaine de janvier 1840, et destinée à Jules Janin. Jules Janin était critique littéraire reconnu au Journal des Débats auquel il fut attaché de 1829 à 1873. Surnommé le "prince des critiques", il a souvent produit des critiques assez dures envers les romantiques, que ce soit Hugo, Balzac et donc aussi George Sand. [Présentation inspirée de la notice de Georges Lubin dans le Tome III de la Correspondance de George Sand, Ed. Garnier]
***
A Jules Janin
Voici votre volume de Valentine qui arrive positivement du fin fond de la vallée noire où il ne s’attendait guère à l’honneur d’en être rappelé par vous. Merci de toutes les choses gracieuses que vous me dites, malgré mes prétendus injures que je renie. Quant à cela si j’avais songé à vous en m’attaquant aux journalistes ce serait un acte de courage dont mon caractère belliqueux tirerait vanité, bien loin de reculer devant si forte partie. Vous me connaissez assez pour savoir que je suis plus portée à l’audace insensée qu’à la diplomatie timide. Et ce n’est pas que je dédaigne la critique. Elle m’a fait du mal et du bien, et je sais même que le blâme aveugle et partial peut nous écraser, pauvres diables d’auteurs que nous sommes ! Mais je hais assez les gens sans conscience pour les braver, et quant à ceux qui me reprennent avec loyauté, je ne les crains pas, je les estime. Ce sont là les critiques qui nous stimulent en nous corrigeant, les autres nous affligent et nous découragent. Ainsi une fois pour toutes, ne croyez jamais que je veuille rompre indirectement des lances contre vous. C’est un mérite que je n’ai pas et qui serait de ma part pure fanfaronnade. Je vous sais sincère dans vos impressions, et jamais il ne me viendra à l’esprit de me regimber contre un jugement de vous. Vous êtes artiste aussi
E tu anché sei pittore
vous obéissez à un vif sentiment des choses, et vous avez raison encore quand vous vous trompez. Je n’ai jamais compris que l’amitié empêchât la liberté de penser et qu’il fallût faire un tel mélange de la vanité avec l’affection qu’une dissidence littéraire amenât une rupture entre amis. Tout cela, pour vous dire que mes injures ne s’adressent qu’aux pédants stériles qui nous déchirent sans nous connaître, et nous condamnent sans nous lire. Et je sais bien que vous me lisez puisque vous voilà en possession d’un pauvre volume qui vous manquait et que vous avez bien voulu me réclamer – et que voilà.
T[out] à vous de coeur
George
[Source : George Sand : Correspondance, Tome IV, textes réunis, classés et annotés par George Lubin, Edition Classique Garnier, Paris, 1968, pp. 851/852]
Publié par les Livres de George le juin 16, 2012
http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2012/06/16/samedi-sandien-35-lettre-a-jules-janin/
Samedi sandien # 34 : "La Maison de Geoge Sand à Nohant" d’Anne-Marie de Brem
Lors de mon voyage dans le Berry, j’ai donc revisité la maison de George Sand à Nohant, et en ai profité pour ramener dans mes bagages un petit livre édité par les Editions du Patrimoine, ainsi, grâce à ce livre, j’ai un peu l’impression de retourner à Nohant quand cela me chante.
Le principal avantage de ce petit livre est l’importance donnée aux illustrations, reproductions, photos de la maison, qui rendent la lecture très agréable et permet de se faire une idée précise des lieux, mais aussi des personnes que côtoyait George Sand.
Le livre présente donc une petite biographie centrée sur la présence de George Sand à Nohant. Divisé en 7 chapitres allant de l’enfance de George Sand (1808 arrivée de Sand à Nohant à l’âge de 4 ans) à l’époque moderne, Anne-Marie Brem retrace ainsi les années, les époques de la vie de Sand passées dans sa chère demeure. Ainsi perçoit-on l’importance du lieu, son rapport à cette maison familiale, les drames intimes qu’elle y a vécu. C’est une façon originale de saisir une vie à travers un lieu.
Intéressant, instructif, ce petit livre est une très belle façon de pénétrer l’univers de George Sand, de connaître sa famille, ses amis, ses amants, ses engagements politiques. On y trouve également en ouverture de chaque chapitre des citations propres à l’époque, même si on regrette que la source de ces citations ne soit pas plus clairement donnée.
Je saurai garder la porte de ma demeure contre les méchants
J’ai particulièrement apprécié le chapitre des années 1832-1839, époque de ses premiers
romans et de l’effervescence littéraire qui commence à faire vibrer les murs de Nohant : Balzac, Liszt, Marie D’Agoult sont alors des visiteurs familiers, et il devait régner dans le salon de Sand des conversations bien intéressantes sur l’art et la littérature.
Au sein du livre se trouvent des pages explicatives présentant précisément les amis de l’auteure, ou les marionnettes créées avec son fils Maurice, ainsi qu’un arbre généalogique très clair, voire des explications plus précises sur certains lieux comme le cimetière.
Enfin les dernières pages présentent les pièces ouvertes à la visite, avec photos, plan de la maison où les situer et quelques explications.
Ce livre est donc à la fois une excellente façon de préparer une éventuelle visite, mais aussi un souvenir précis d’une visite effectuée. Et on en apprend finalement plus dans ce guide que lors d’une visite guidée, même si être dans les lieux n’est en rien comparable à lire un guide.
Guide lu dans le cadre du Challenge Romantique, du Challenge George Sand, et du “En 2012, George lit Sand“.

Sans oublier le Challenge PAL Express !

PAL Express : -2
Publié par les Livres de George le juin 9, 2012
http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2012/06/09/samedi-sandien-34-la-maison-de-geoge-sand-a-nohant-danne-marie-de-brem/
"Le dernier visiteur de George Sand" de Rodolphe Marc-Renier (BD)
En ce retour du samedi sandien, je voulais présenter une BD sur George Sand, que j’ai découverte lors de mon voyage dans le Berry.
Nous sommes en juin 1876, George Sand est alitée, malade depuis plusieurs jours, sa famille et ses amis s’inquiètent de la santé de la romancière. Pourtant, dans la matinée, après le passage des médecins, elle semble aller mieux et accueille un mystérieux visiteur, qui lui rappelle vaguement quelqu’un. Ils décident de se promener dans le parc, Sand évoquant les souvenirs de sa vie.
Cette BD, éditée par les éditions du patrimoine, est intéressante car elle évoque les évènements importants de la vie personnelle et littéraire de George Sand. Les dessins sont précis, reproduisant fidèlement le jardin, le bosquet du parc de Nohant. Certes la coiffure de Sand n’est celle de la fin de sa vie, mais est celle qu’elle avait à l’époque des photos de Nadar plus de dix ans auparavant :
Vers 1870, elle ressemblait plutôt à cela ! Photo de Nadar que l’on connaît moins, et qui ne la montre pas sous son meilleur jour. Je vous avoue d’ailleurs que je ne parviens pas à l’imaginer ainsi, pour moi, elle a toujours gardé le visage des photos des années 1864 et c’est sans doute aussi ce qui explique le choix du dessinateur :
Son père, la parution d’Indiana, Alfred de Musset, Chopin, son engagement socialiste, ses amitiés littéraires, son fils, Maurice, et ses marionnettes, ses petites-filles sont évoqués, autant de faits bien choisis et de souvenirs qui surgissent au fur et à mesure de la promenade. Cette BD, dans sa construction, m’a beaucoup fait penser au roman d’Ella Balleart qui repose un peu sur le même principe. Mais dans la BD, le mystère qui entoure le personnage, jeune homme alerte, blond et charmant, intrigue le lecteur : qui est-il ? est-il réel ? est-il une projection de l’esprit de Sand ? A la fin, le mystère est résolu, mais j’avoue que pour les non initiés, cette résolution du mystère peut décevoir car il fait appel à un évènement peu connu de la vie de Sand. D’autre part, pour les initiés, pas sûr que cette représentation soit fidèle.
Le scénario de cette BD permet également de nous plonger dans la vie littéraire et politique du XIXème siècle et donc de côtoyer les auteurs romantiques qui ont partagé la vie de Sand. Le rappel de la parution d’Indiana, en 1832, renvoie bien sûr au mouvement du romantisme, dont Sand, fut l’une des principales représentantes.
Quoiqu’il en soit, cette BD m’a beaucoup plu car elle rend vivante Sand, elle la met en mouvement et le dessin étant assez juste, George Sand nous semble alors très proche. Ce fut donc une belle découverte que j’avais envie de vous faire partager.
BD lue dans le cadre du Challenge George Sand, du Challenge Romantique et des rendez-vous sandiens (n°34) :

Publié par les Livres de George le mai 5, 2012
http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2012/05/05/le-dernier-visiteur-de-george-sand-de-rodolphe-marc-renier-bd/





































