A propos les Livres de George

Depuis toute petite la lecture et les livres m'accompagnent! Après des études de Lettres (DEA), une thèse entamée mais inachevée sur George Sand, deux enfants, je me suis lancée dans l'enseignement! Je souhaite vous faire partager, simplement, mes lectures, en essayant d'être la plus objective possible, et surtout en restant indépendante... si vous n'êtes pas d'accord avec mes avis n'hésitez pas à me le faire savoir, sans animosité et mots blessants, les divergences d'opinion sont le sel des échanges ! Bonne lecture ! Vous pouvez me contacter à l'adresse mail suivante : leslivresdegeorge@gmail.com La Photo de mon Profil est une création originale de Sabbio vous pouvez découvrir ses oeuvres en allant sur son site : http://duhautdemoncannelier.blogspot.com/ Billet sur le recueil "Les Femelles" de Joyce Carol Oates sélectionné par Le Cercle Points (http://www.lecerclepoints.com/) Blog sélectionné par le Grand Prix des Blogueuses ELLE 2010 Blog Star du Site Hellocoton catégorie Littérature http://www.hellocoton.fr/annuaire/litterature

“Les Débutantes” de J. Courtney Sullivan

Bree, Célia, April et Sally font toutes les quatre leur entrée à l’université féminine de Smith, aux Etats-Unis. Chacune arrive avec ses bagages personnels et des motivations différentes, mais toutes ont conscience que ces quatre années d’études seront décisives. Smith est une université réputée pour être un haut-lieu du féminisme américain, de grands noms ont usé les bancs de cette fac, et l’esprit demeure très fort, ravivé chaque année par des manifestations, des conférences sur la place et le rôle des femmes dans la société. Plus ou moins concernées par la cause des femmes, les quatre jeunes filles vont surtout se découvrir une amitié forte qui sera mise à l’épreuve une fois les études terminées, et que l’entrée dans la vraie vie leur demandera de faire des choix.

Composé de deux grandes parties chacune alternant des chapitres dans lesquels les filles prennent la parole à tour de rôle, ce roman qui semble se présenter comme un roman léger et facile, un énième roman sur les universités américaines, est, finalement, bien plus que tout cela. Car il pose assez bien une réflexion à la fois sur l’amitié mais aussi sur la difficulté d’être une femme et de se positionner dans la vie en fonction de ses aspirations et de celles que la société, notre famille, ont trop tendance à nous octroyer.

L’université est un lieu où tous les espoirs sont permis, loin de sa famille, elle permet aussi d’être confronté à soi, de faire des expériences. Si l’on est seule dans sa chambre, la porte reste ouverte, les amies ne sont pas loin, les douleurs des unes sont consolées par les autres, on se blottit ensemble dans des lits à une place… Mais une fois l’université quittée, une fois que la vraie vie les prend, les séparent, comment faire ? Les liens se distendent, les choix des unes ne plaisent plus aux autres, les bagages personnels redeviennent lourds à porter.

J’ai lu ce roman avec intérêt sans doute parce qu’il est arrivé dans une période où l’amitié est au cœur de mes préoccupations actuelles, et aussi parce que la question du féminisme, ou plus largement la question du rôle et de la place de la femme m’a toujours intéressée et interrogée. Comment allier en un être des aspirations différentes : être femme, mère, engagée et active professionnellement ? Doit-on forcément abandonner l’un au profit de l’autre ? Ces quatre jeunes filles incarnent, chacune ces quatre aspirations : Bree, la féminine, Sally, la mère, April, l’engagée et Célia, la célibataire qui  privilégie son travail. Si, au début, je trouvais ces quatre portraits un peu caricaturaux, j’ai fini par comprendre que ces quatre amies ne sont rien d’autre que les quatre femmes qui, je crois, sont en chacune de nous et avec lesquelles nous devons composer.

J. Courtney Sullivan écrit ici un beau roman d’apprentissage qui se dévore avec plaisir.

Juste un petit bémol, évitez de lire la 4ème de couv. qui vous révèle un évènement qui ne surgit que vers la page 400. Toutefois, j’ai apprécié que figurent directement sur la couverture les noms des traducteurs.

“Les Fantômes du passé : Le condamné du Titanic” Roger Seiter et Luc Brahy

Je ne suis pas une grande lectrice de BD, sans doute parce que je connais mal ce genre. J’ai donc profité du Masse Critique spécial BD organisé par Babelio, pour tenter de parfaire mon éducation. Cette BD me tentait pour sa couverture et son sujet d’actualité.

Il s’agit du premier tome d’une série de deux, et comme il se doit, il pose essentiellement les bases de l’histoire qui se déploiera dans le second tome.

Plusieurs intrigues, et donc plusieurs personnages différents sont présentés, dont on imagine assez vite qu’un lien, pour l’instant inconnu, va les unir.

Au commencement, un jeune inspecteur new-yorkais, Elloy Mac Coy, traque et arrête, dans Londres, un tueur en série. Ne pouvant le faire juger en Angleterre, le jeune inspecteur, décide de le rapatrier aux Etats-Unis. L’homme est enfermé dans la prison du navire ; une journaliste embarque sur le Titanic pour relayer le premier voyage du bateau que l’on dit insubmersible ; une étrange jeune femme blonde, au passé trouble, embarque également, mais on ignore le but de son voyage, enfin, la fiancée du meurtrier, bien décidée à faire évader son homme, prend un billet de troisième classe. La tension est donc à son maximum quand le navire largue les amarres.

Je suis toujours très attentive aux illustrations des BD. Celles-ci peuvent soit être rédhibitoires, soit au contraire motiver ma lecture, quelque soit l’histoire racontée. Celles de Luc Brahy correspondent à mes attentes. Le trait est fin, réaliste jusque dans les détails, clair, et rendent parfaitement compte de l’Angleterre du début du siècle. La trame de l’histoire, la variété des personnages, les liens encore secrets qui les unissent sont autant d’éléments qui poussent à la lecture. Enfin, le contexte historique, le fait d’embarquer dans le Titanic à la suite des personnages, m’a beaucoup plu.

Image prise sur le blog de la coloriste de la BD

Cette lecture fut donc une réussite, même si, comme souvent après la lecture d’une BD, il me semble ne pas en conserver une empreinte très profonde. L’intrigue policière se mêlant à la tension du futur naufrage du navire, créent un fort horizon d’attente, puisque l’on ne peut que se demander, dans ce premier tome, ce que vont devenir ces personnages lors du naufrage prévu. Il n’est donc exclu du tout que je lise la suite, peut-être la trouverai-je à la bibliothèque municipale.

De l’amitié

Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodités, par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu’en répondant : “Parce que c’était lui, parce que c’était moi.”

Les Essais, livre 1er, chapitre XXVIII, Montaigne.

Une amie traverse en ce moment, une épreuve difficile, dans cette épreuve nos liens se sont renforcés, comme se sont renforcés aussi ceux liés avec une amie commune. Au milieu de ce drame, ces liens sont une force, car ils vont au plus profond de ce que nous sommes.

Je sais que c’est un message un peu personnel que j’écris ce matin, il n’est finalement destiné qu’à deux personnes, mais, alors que les blogs nous permettent de nouer des connaissances, il n’y a, finalement que la vie qui nous révèle la réalité de ces amitiés.

En Juin, je m’attaque à ma PAL !

Les mois d’été pointent enfin leur nez ! Depuis hier, j’ai rendu mon tablier : plus de copies, et juste une dernière après-midi d’oraux blancs vendredi prochain, me voici donc enfin libre de me consacrer pleinement, ou à peu près, à ma PAL. Miss Bouquinaix, jamais à court de bonnes résolutions, lance un challenge pour nous aider à faire baisser notre PAL durant ce mois de juin, challenge qui se présente donc à point nommé pour moi. Même si je sais que ces quelques lectures ne seront qu’une goutte d’eau dans l’océan de ma PAL, c’est toujours bon à prendre ! (d’ailleurs je ne l’ai toujours pas mise à jour).

Je suis donc allé fouiller dans la partie la plus ancienne de ma PAL pour en extraire quelques pépites. Voyez plutôt :

J’ai choisi 8 romans qui appartiennent à ce que j’appelle ma PAL Noire, soit les premiers livres qui sont entrés dans ma PAL à partir de septembre 2010.

- Emmeline d’Elizabeth Bowen

- Le Professeur de Charlotte Brontë

- Sauvez Hamlet de Jasper Fforde

- Emma de Jane Austen

- Poussière de Rosamond Lehman

- Mon coeur mis à nu de Joyce Carol Oates

-La Cité des jarres d’Indridason

- Comment se dire Adieu ? de Laurie Colwin

Autant vous dire que je me suis fait plaisir, il y a, dans cette sélection, tout ce que j’aime. Ce challenge me donne également l’occasion de poursuivre mon défi PAL Noire que je m’étais lancé il y a déjà plus d’un an.

Pour en savoir plus sur la marche à suivre allez faire un petit coucou à Miss Bouquinaix, elle se fera un plaisir de tout vous expliquer !

Un jour, George se rendit à la bibliothèque municipale…

Cela fait deux ans ce mois-ci que nous avons déménagé dans notre nouvelle maison, à quelques mètres seulement de la précédente mais dans une ville mitoyenne. Après un billet d’Estellecalim évoquant son inscription dans une bibliothèque parisienne, je me suis renseignée sur la bibliothèque municipale de Ch… . Vous connaissez mon amour pour les librairies, mais j’ai toujours eu un rapport assez conflictuel avec les bibliothèques. Je les ai pourtant toujours fréquentées : enfant, puis ado puis étudiante, j’ai adoré les Bibliothèques Universitaires, et enfin adultes et notamment depuis que j’ai des enfants. Pourtant je me suis toujours confrontée à plusieurs problèmes qui m’ont toujours fait préférer les librairies.

Le premier problème est maladif. Si, si. Je suis incapable de lire les livres que je dois rendre à une date fixe. Ainsi, soit je les rends en retard et suis donc pénalisée, soit je n’ai pas eu le temps de les lire et je les rends sans les avoir même ouverts.

Mon deuxième problème, vient du fait qu’étant trop habituées aux librairies et notamment aux tables des libraires, j’ai tendance à ne plus savoir ce que je veux lire quand je pénètre dans une bibliothèque. Je me sens un peu perdue, errant dans les allées des étagères de livres, sans savoir que choisir. Soudain je me sens timide, voire démunie, et cela m’angoisse.

Alors, me direz-vous, pourquoi m’être inscrite dans cette nouvelle bibliothèque ? La première raison est sans doute pour mes enfants, car je crois profondément que fréquenter les bibliothèques participe de l’envie de lire, et leur donne accès à une multitude d’ouvrages. Mais aussi, d’un point vue plus personnel, parce que la bibliothèque me permettra sans doute de lire des romans que je n’ai pas forcément envie d’acheter mais que j’ai envie de découvrir.

J’ai suffisamment réfléchi à mes problèmes liés aux bibliothèques pour savoir que dorénavant je dois changer mes rapports avec elles.

Pour parer à mon angoisse de ne pas savoir quel livre emprunter, j’ai donc décidé d’établir une LAL spéciale bibliothèque. Ainsi je serai moins désorientée. Pour éviter de rendre mes livres en retard, je m’en tiendrai qu’à un ou deux romans pas plus. Le prêt étant d’un mois, contre souvent trois semaines dans les autres bibliothèques, je me dis que j’aurais sans doute plus de chance de lire les livres que j’aurai empruntés.

Ainsi, lors de notre première visite, j’ai emprunté deux romans, l’un pour le Club des Lectrices du 10 juin, et le second pour moi parce que ce roman me tentait :

Je vous avoue que c’est un peu un pari pour moi, et je vous tiendrai au courant de mes progrès. Je pense aussi faire un catégorie spéciale Bibliothèque.

Entretien avec un auteur : J. Heska

J. Heska vient de sortir son deuxième roman, On ne peut pas lutter contre le système, l’occasion de lui poser quelques questions sur sa vie/son œuvre.

***

Bonjour George ! Merci beaucoup de m’avoir accordé cette interview, c’est un vrai plaisir :-)

1. Bien que vos deux romans aient un style différent, on retrouve dans les deux une certaine critique sociétale. Ecrire pour vous est-il forcément lié à une sorte d’engagement ou de dénonciation sociale ?

Loin de moi l’idée d’avoir la prétention de m’engager sur la voie de la dénonciation sociale
(on m’imagine tout de suite braillant dans une émission de variétés avec un beau costume à
paillettes « Non à la guerre » « Non à la mort » « Votez Untel et vos vies seront sauvées »). Pour moi, un artiste ne doit pas prendre parti, s’engager, ni déplorer quoi que ce soit : c’est avant tout un observateur. Je préfère soulever des questionnements, à partir d’une œuvre chargée avant tout de divertir, et laisser au lecteur le choix de trancher.
Par contre, je plaide coupable à 100% sur la thématique sociétale ! J’aime parler de la façon dont un groupe / une société / une civilisation peut basculer à un moment ou un autre, s’éteindre, ou évoluer. Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir exposait un changement philosophique de civilisation dans un roman généraliste. On ne peut pas lutter contre le système montre comment celle-ci peut s’écrouler dans un thriller. Et ce n’est pas prêt de finir, car mon petit troisième, en cours de maturation, penche du côté S.F., mais toujours avec cette thématique sociale en toile de fond.

2. Dans votre dernier roman, on sent une influence cinématographique par quelques références, mais aussi dans votre style très imagé et vivant, est-ce délibéré ?

Tout à fait ! J’ai grandi dans les années 90. J’ai été élevé à la B.D., au cinéma à grand spectacle (Indiana Jones, Retour vers le futur, Star Wars, etc.), à l’Internet naissant et aux romans d’action « tout en muscle », avec une prédilection pour le genre S.F. Je m’inscris donc dans cette époque sans complexe et n’hésite pas à piocher à droite à gauche des petits clins d’œil qui vont nourrir à la fois l’histoire, mais également la narration en elle-même. Mon style s’en ressent donc tout naturellement. En tant que lecteur, je ne supporte plus de m’ennuyer en lisant des descriptions alambiquées de quinze pages ou des déballages de sentiments narcissiques dans des phrases très stylées qui ne veulent rien dire. Alors en tant qu’auteur j’essaie d’aller droit au but, et de décrire une situation en quelques images puisées dans l’inconscient collectif que le lecteur pourra facilement se représenter. Mais attention, je ne pousse pas non plus la logique dans ses retranchements : hors de question de trop dépouiller le texte, ou de succomber à un style trop scénaristique. Je privilégie la voie moyenne ;-) .

3. D’après ce que j’ai compris dans nos échanges, vos romans ne sont pas disponibles en librairie (du moins pas encore pour le dernier), pouvez-vous nous dire pourquoi et quel est votre parcours éditorial ?

J’ai publié mon premier roman, Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir, à vrai compte d’éditeur après avoir ramé plusieurs années (envoi de manuscrits, refus, rendez-vous, refus, etc.). J’ai eu un très grand distributeur (dont je tairais le nom), une belle attachée de presse, un éditeur très occupé, une correctrice, un maquettiste, etc.
Ce fut une expérience intéressante qui m’a ouvert les yeux sur ce monde qui ne me convenait guère, loin de l’image qu’on souhaite lui donner : mon éditeur n’a jamais pris le temps de lire mon livre, l’attachée de presse avalait des petits fours dans les dîners mondains sans même imaginer faire son travail, les journalistes ne souhaitaient recevoir un service de presse que pour pouvoir le refourguer sur e-bay plus cher (car dédicacé), les librairies ne s’intéressaient qu’à Marc Lévy, le diffuseur s’inscrivait aux abonnés absents.
J’ai pris très peur lorsque j’ai vu les commissions que tous ces intermédiaires avalaient goulûment.

Comme j’avais dépensé beaucoup de temps et d’énergie pour rien (car au final je n’ai jamais été payé par mon éditeur, une arnaque visiblement courante dans le milieu), je voulais me recentrer sur l’écriture. Quand j’ai décidé de publier On ne peut pas lutter contre le système, j’ai voulu le faire selon mes conditions.
Je me suis donc auto-édité. Dans ce domaine, il y a une volonté, des outils (impression à la demande, livre numérique, etc.) et une énergie qui stimulent ma démarche. Le tout à des coûts réduits.

Ce n’est pas simple tous les jours, je vends beaucoup moins, mais j’assume ce prix de la liberté !
J’espère juste que les lecteurs me soutiendront dans cette démarche (je suis content, ça a l’air d’être le cas pour le moment).

4. Comment l’écriture est-elle entrée dans votre vie ?

Comme tout « artiste », je pense que l’envie vient du besoin vital d’expulser des idées d’un esprit trop encombré, afin d’éviter la schizophrénie !
Pourtant, initialement, rien ne me prédestinait à écrire. Contrairement à beaucoup d’écrivains, je n’ai pas commencé dès ma plus tendre enfance à dévorer l’intégrale de Kant (je préfère m’arracher les deux bras avec les dents que de relire une ligne de David Copperfield ou de supporter une liste d’adjectifs sur un Tartarin de Tarascon). J’avais d’autres intérêts. La littérature, je trouvais ça trop lent, introspectif, compliqué, et peu inventif…
Et puis le déclic a eu lieu peu après mon adolescence. J’ai découvert des œuvres qui ont su
m’intéresser et, en parallèle, une certaine maturité d’esprit m’a amené à percevoir le pouvoir des mots. J’ai alors commencé à écrire de façon beaucoup plus sérieuse. J’ai cultivé ce goût. Et je ne me suis pas lassé depuis !

5. Vous m’avez dit que vous aviez travaillé votre style, comment concrètement travaillez-vous ?

L’écriture de mon premier roman Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir avait été plus
simple, car il est écrit à la première personne du singulier. Le « je » implique une personnification de l’écriture qui rattrape les faiblesses de l’auteur. Un mot mal employé, une répétition, un vocabulaire approximatif, une description trop sommaire, l’utilisation de gros-mots, et c’est le personnage qui porte le chapeau.
Pour On ne peut pas lutter contre le système, changement de format : troisième personne du singulier. Il a donc fallu muscler ma narration. Pour cela, c’est un exercice quasi-quotidien pour lequel  je procède en plusieurs temps.

Tout d’abord, je suis un éternel curieux toujours à l’affut : je lis tout ce qui me tombe sous la main (magazines, livres, B.D., etc.) et, dès qu’une formule, un mot de vocabulaire ou une façon de décrire me plaît, je note. De la même manière, cela me permet aussi de m’améliorer car je vois comment la « concurrence » règle certains problèmes qui se posent au moment de la rédaction de mes livres.
Ensuite, il y a le blog, qui est un véritable petit laboratoire. Je teste tout et n’importe quoi, aussi bien dans le fond que dans la forme. Je m’impose parfois des contraintes pour
m’exercer (nombre de caractères limité, obligation parler d’un sujet sous différents angles, etc.), et je vois ce que ça donne. La rédaction d’un contenu régulier est également très formateur. Bref, le blog a beaucoup nourri mon travail d’écrivain.
Enfin, le gros du travail se fait à la recorrection du manuscrit. Car si écrire reste assez aisé, le plus dur demeure d’y revenir une bonne centaine de fois afin d’arriver au résultat que l’on souhaite (en terme de fluidité, de pertinence ou de qualité). J’ai beaucoup souffert sur cette étape, mais elle est très gratifiante. C’est d’ailleurs avec ce livre que je me considère comme un vrai « écrivain » ;-) .

6. Vous êtes très présent sur les réseaux sociaux (blogs + Facebook), les pensez-vous influents ? Que vous apportent-ils en tant d’écrivain ?

Plus j’avance, plus je me dis que ces médias n’ont pas toute l’influence qu’on veut bien leur accorder.
Un clic sur « j ‘aime » ou un commentaire ne déclenche pas forcément un téléchargement d’extrait, une lecture de quelques articles sur mon blog, ou mieux encore, un achat de livre. Et comme pour un écrivain, le plus important est d’être lu, l’impact reste limité…
Tout au plus, ces réseaux pourront permettre d’accompagner ou d’amplifier un « buzz » qui à mon avis, vient d’un faisceau de médias dans une logique de cercle vertueux.

Au final, je suis très présent sur le web social par simple envie et je l’utilise pour ce qu’il est : un moyen d’interagir avec mes amis, mon cercle proche de lecteurs, et surtout de partager des choses sans importance, comme des photos de mon chat, des panneaux revendicatifs de mon voisin, ou une info sur mon classement au top vente AMAZON. De la discussion peut naître aussi des idées qui me permettent d’orienter la ligne éditoriale de mon blog, même si cela reste toujours relatif (je fais ça avant tout pour m’amuser).

7. Beaucoup de blogueurs redoutent le fait de lire et de chroniquer des romans envoyés directement par les auteurs, ils craignent de ne pas être libres de leur critique, voire de blesser l’auteur, avez-vous eu des refus sur ce motif, et qu’en pensez-vous ?

Je n’ai eu (du moins explicitement) à déplorer aucun refus pour ce motif. En général, je reçois un mail de certains blogueurs qui n’acceptent de chroniquer qu’à la condition d’avoir une liberté totale de ton.
C’est la règle du jeu, et je l’accepte avec plaisir.
Si au final la chronique ne me convient pas, tant pis ! Du moment qu’elle reste argumentée et polie, on peut tout avaler. Et puis, une critique très négative peut parfois attirer la curiosité des lecteurs. Le pire dans notre métier, c’est l‘indifférence.

Ensuite, et pour avoir été confronté plusieurs fois à la situation en tant que spectateur, je ne peux que constater l’incompréhension. D’un côté un auteur qui envoie son bébé plein d’espoir et qui peut se vexer (voire piquer) quand la critique ne lui convient pas, et de l’autre côté un blogueur qui prône son impartialité et son indépendance, et qui parfois ne mâche pas ses mots. Et si on ajoute le fait qu’Internet est également un lieu à part où tous les sentiments sont exacerbés (un blogueur caché derrière son écran qui crache son venin uniquement dans le but de lyncher, un auteur touché dans son orgueil qui exige que tout le monde aime son chef-d’œuvre), on obtient la tambouille idéale pour la confrontation.

8. On suppose qu’un écrivain aime lire, donc dites-nous un peu quels sont vos grands auteurs, et quel roman vous êtes en train de lire.

Je n’ai pas à proprement parler d’auteurs de prédilection. Je suis un lecteur intraitable, très critique, et je n’ai jamais réussi à avoir un auteur qui tienne la distance. Ce sont plutôt des œuvres particulières qui me font vibrer.
Mon roman préféré est Dragon Déchu de Peter F. Hamilton, parce que je m’identifie énormément au héros. Si quelqu’un souhaite un jour connaître les rouages de ma psychologie, je lui conseille ce livre !
Sinon, les autres romans qui m’ont influencé sont La Guerre du feu, et la façon très brute de
Rosny Aîné de décrire les scènes de combat ; Le meilleur des mondes de Huxley, où j’ai
découvert la construction d’un univers crédible basé sur des principes sociétaux complètement différents ; Band of brothers de Stephen Ambrose (qui n’est pas un roman à proprement parler), qui prend d’autant plus de profondeur que les évènements racontés sont véridiques.
Et sinon, le dernier livre que je viens de finir est Un monde sans fin, la suite des piliers de la Terre de Ken Follett. Un second opus trépident, réellement immersif, mais avec toutefois des personnages moins attachants et une intrigue trop centrée en-dessous de la ceinture (je ne pensais pas pouvoir dire ça un jour ;-) ).

9. A part les contacts avec les blogueurs-lecteurs et les réseaux sociaux, comment procédez-vous pour promouvoir vos romans et vous faire connaître ?

Au début, je faisais beaucoup de rencontres lecteurs / auteur dans les médiathèques ou des
séances de dédicace dans les librairies. J’avoue avoir ralenti le rythme pour des raisons purement personnelles : il est très difficile de mobiliser le lectorat. J’en avais un peu marre de perdre mes samedis à alpaguer des chalands indifférents, comme un vendeur de poissons (pas frais ;-) ).
De la même manière, pour mon premier roman, j’ai harcelé les journalistes des plus grands quotidiens pour qu’ils acceptent de chroniquer mon livre. Dur de passer à travers le copinage latent du milieu.
Avec tout ce travail, je n’ai réussi à obtenir que des entrefilets approximatifs. Par contre, dès le lendemain, tous mes bouquins envoyés en SP était sur E-bay ! Plus jamais ça !

Pour le moment, je me concentre donc sur Internet. Je peux faire ça quand je veux et où je veux. La liberté ! Et surtout, cela n’empiète pas sur mon temps d’écriture. On verra si le bouche à oreille fonctionne…

10. Il arrive que des blogueurs soient pris à partie par des auteurs qui leur reprochent certains billets négatifs sur leur roman. Pensez-vous que les blogs de lecture ont changé le rapport entre les écrivains et leurs lecteurs ? Quels sont pour vous les avantages mais aussi les inconvénients d’une telle proximité ou du moins d’un accès direct aux avis de lecteurs pour un écrivain ?

La donne a changé, mais pas forcément comme on le pense.
Il y a un double mouvement. Tout d’abord, un glissement du triptyque originel auteur / journaliste /lecteur vers celui moins conventionnel de auteur / blogueur / lecteur.
Au final, les blogueurs, par leur indépendance, se sont substitués aux journalistes (accablés sous les reproches de copinage) qui ne répondaient pas forcément aux besoins des lecteurs.
Donc rien de bien nouveau, et il y a fort à parier que la fonction de blogueur va aller en se
professionnalisant, se galvaudant à son tour petit à petit (je ne dis pas ça pour vous, George ;-) ).

Le second mouvement est celui, comme vous le disiez, de la proximité plus grande permise grâce au web 2.0 et aux commentaires de lecteurs. Là encore, je ne suis pas sûr que la donne ait beaucoup changé. Si un auteur se moquait déjà des retours des lecteurs avant Internet, il s’en moquera tout autant à présent. Le curseur est donc facilement déplaçable.
Pour ma part, je lis toujours tous les avis et suis très heureux de pouvoir lancer la discussion avec les lecteurs. Certains commentaires constructifs me permettent également d’améliorer mon œuvre, voire d’influencer le cours de certaines histoires. Mais j’ai eu également tellement de fois à me dépêtrer dans des débats sans fin où se côtoient mauvaise foi, bêtise et méchanceté gratuite (voire insulte), que je me suis forgé une petite carapace. Au final, je ne sais pas si cette proximité apporte des avantages et des inconvénients, elle est juste… différente (vous voyez, je ne juge jamais ;-) ).

11. Une petite chose à rajouter ? Je vous laisse la parole !

Allez, je me permets un peu de promotion ! Vous voulez faire un vrai geste en faveur d’une édition indépendante ? Vous voulez accompagner un auteur vers les sommets de la gloire afin qu’il puisse, à son tour, sniffer de la cocaïne sur le capot d’une voiture de luxe au centre-ville de Paris ? Achetez mon livre papier ici ou au format électronique ici :
Plus sérieusement, et comme le dit très bien George dans sa chronique, c’est un thriller sympa avec beaucoup d’action, de l’humour, et même de l’amour. Il vaut vraiment le coup !

Merci à vous George pour cette interview fort sympathique (désolé, j’ai été un peu long, je suis très bavard !) :-)

Merci à vous pour ces réponses qui nous en disent un peu plus sur vous, votre travail et votre lien avec les blogs, j’espère que votre roman aura le succès qu’il mérite, et j’attends le prochain avec impatience.

“On ne peut pas lutter contre le système” J. Heska

Grâce au blog, on fait parfois de belle rencontre avec des auteurs. Il y a un an, j’étais contactée par J. Heska pour lire et chroniquer son premier roman : Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir. Dernièrement, J. Heska m’a fait parvenir son second roman au sujet très différent du premier.

Nous sommes dans un futur proche, une société d’agroalimentaire et de biologie, HONOLA développe des OGM capables de révolutionner l’agriculture. Mais une ONG veille au grain, et soupçonne des magouilles financières et capitalistes. Trois jeunes gens, Clara, Louise et Hakim, décident d’enquêter, aidés de leur responsable, bien convaincus que cette société dissimule un véritable scandale sanitaire.

J. Heska plonge donc son lecteur dans un roman trépidant, mené de main de maître, ne laissant aucun répits à son lecteur qu’il trimballe de Londres, à Bruxelles en passant par l’Ouganda ou Bangkok. On ne peut pas dire que le monde de la finance et les rouages des entreprises capitalistes soient mon élément de prédilection, mais J. Heska a le don pour rendre tout cela compréhensible grâce à plusieurs systèmes narratifs : récit, reportage télé, mails et j’en passe, ainsi qu’un va et vient entre passé et présent. La date clef, autour de laquelle tourne tout le roman, est l’ouverture du GEAD, double du Grenelle de l’Environnement. Roman d’espionnage, roman sur la finance et les ONG, roman policier, thriller, il fonctionne parfaitement et le lecteur se laisse mener par le bout du nez.

Moins drôle que le premier, Heska n’en a cependant pas perdu son sens de l’humour, et les noms d’emprunt des personnages m’ont souvent bien fait rire : ainsi croise-t-on Marty McFly ou Emmet Brown. Grande fan de Retour vers le futur, ce genre d’allusions a su faire mouche. Nous retrouvons aussi le chat Gribouille, sorte de mascotte de Heska.

Bien que situé dans un futur proche, par ce roman Heska dresse une portrait assez noire de notre société basée sur la finance et la spéculation. Prenant appui sur des faits réels, il pousse à l’extrême le système sans vraiment s’éloigner de la réalité puisque la chute de Lehman Brothers ou la lutte des altermondialistes servent de modèles. Mais le scénario assombrit cette réalité pour offrir une chute surprenante au roman qui remet en cause le titre même du roman.

Le lecteur est à la fois aux côtés des responsables de la société HONOLA et aux côtés des membres de l’ONG. Les personnages ont une épaisseur, une densité qui les rend d’autant plus intéressants qu’ils sont souvent doubles, contradictoires voire totalement antipathiques comme Safia, surnommée la Nazi, jeune femme arriviste et cruelle.

Sans doute plus abouti que le premier, ce roman m’a beaucoup plu et surprise car le sujet avait de quoi m’effrayer, mais il faut réellement dépasser nos a priori car, j’ai beau cherché, je n’ai rien à dire de négatif sur ce roman et cela n’a rien à voir avec le fait que ce roman me soit parvenu par le biais de son auteur. Il est toujours délicat d’accepter de lire et de chroniquer un roman qui nous est parvenu par cette voie, la peur de ne pas aimer est toujours là tapi dans un coin de notre tête avec en plus l’angoisse du billet à venir. C’est donc avec encore plus de plaisir que je vous recommande ce roman disponible également sur Kindle pour quelques euros dérisoires, mais que vous trouverez aussi dans toutes les bonnes librairies indépendantes en version papier sur la boutique personnelle de J. Heska en suivant le lien ! (Avis aux libraires !!)

J. Heska a également créé une page FB autour de son roman et à laquelle vous pouvez adhérer pour en savoir plus.

Merci à J.Heska pour m’avoir fait frémir et rire !

Roman lu dans le cadre du Challenge ABC Babelio pour la lettre H et du Challenge Thriller.

“Sur la Route, d’après Jack Kerouac” Hors-série

La sortie de l’adaptation du célèbre roman de Jack Kerouac, Sur la route, a entraîné la réédition du dit roman, mais aussi la sortie d’un Hors-Série passionnant édité par Trois Couleurs en collaboration avec le MK2 qui produit le film de Walter Salles.

Sur presque 200 pages, ce Hors-série revient à la fois sur l’aventure du roman, fait le point sur la beat génération mais aussi sur le film sélectionné au Festival de Cannes. Illustré de nombreuses photos, il permet de comprendre toute l’ampleur de l’oeuvre de Kerouac, tout en présentant l’auteur de façon détaillée et très intéressante. Depuis l’origine du roman jusqu’à la sortie du film, le magazine retrace toute l’histoire d’un roman générationnel tout en évoquant une période de l’histoire américaine.

Divisé en trois grande partie, le Hors-série dresse un portrait de Kerouac, puis s’intéresse au roman avant de conclure sur l’adaptation cinématographique. Trois parties qui donnent une vision complète et permettent de comprendre l’homme et l’oeuvre, mais aussi, comme je le disais, d’éclairer le lecteur sur une génération de jeunes américains, épris de musique, de liberté, sans faire l’impasse sur ses limites : l’alcool, la drogue etc.

Au-delà des textes, ce Hors-Série présente de nombreuses photos de l’époque de Kerouac, et pour les cinéphiles, des photos du tournage du film. J’ai beaucoup aimé aussi la double page présentant toutes les couvertures des éditions du roman :

Vous l’aurez compris ce mag. a le grand avantage de donner un panorama complet d’une oeuvre depuis sa conception jusqu’à sa redécouverte aujourd’hui.

Pour en savoir plus sur le film de Walter Salles, sachez qu’il existe un site officiel.

Il existe deux versions : Une version de 196 pages, disponible en kiosque au prix de 9.90€, et une version « collector » 244 pages, disponible en librairie au prix de 12.90€.

“Les Heures silencieuses” de Gaëlle Josse

C’est un billet élogieux de Chaplum qui m’avait donné très envie de lire ce roman. Par chance elle en a fait un livre voyageur, et après quelques détours, il est parvenu jusqu’à moi. Grâce à un aller-retour en RER, j’ai pu lire ce roman en un jour, ce qui m’a vraiment plu car la voix de la narratrice, Magdalena, est restée vivante en moi durant cette journée.

Nous sommes en 1667. Magdalena est l’épouse de Pieter Van Beyeren, administrateur de la Compagnie des Indes orientales à Delft. Fille aînée, elle a, avant son mariage, travaillé avec son père dans le commerce des épices. Elle en a compris le fonctionnement, s’est passionnée pour ce métier, a rêvé aux destinations des bateaux, a guetté leur retour ou a pleuré ceux qui ne sont jamais rentrés. Bien que particulièrement douée, en se mariant, elle doit abandonner cette occupation à son mari, tout en, au début, lui ayant fait part de son expérience. Mais la place d’une femme est à la maison, son rôle devient alors essentiellement celui d’une femme au foyer qui s’occupent de ses enfants.

Ce roman est un journal intime, le journal de Magdalena dans lequel elle raconte sa vie passée, mais aussi présente, dans lequel elle revient sur ses enfants morts en bas âge, sur son désespoir de mère, sur son renoncement à ce métier qu’elle aimait, sur sa difficulté à endosser un rôle qui ne lui convient pas. Dans le silence de sa maison, elle écrit pour exister, pour faire revivre un passé douloureux, et supporter un présent qui l’enferme vivante.

Au-delà du destin de cette femme, Gaëlle Josse nous décrit le commerce colonial, les épices, l’émergence du thé auquel l’Europe commence à s’intéresser, elle nous raconte les équipages, les voyages risqués, les rêves et les craintes qu’ils suscitent. Elle nous plonge dans un XVIIème siècle qu’elle sait rendre vivant et passionnant.

Le tableau d’Emmanuel De Witte, peintre hollandais du XVIIème, qui figure en couverture, sert sans doute de point de départ à ce roman. Comme une transcription d’art réussi, Magdalena est cette femme peinte de dos, car à n’être plus désirée, ai-je encore un visage ? Se demandera-t-elle.

Un beau roman, une écriture sensible et juste qui dit un destin, une époque, et rappelle ce que fut la vie des femmes dans les siècles passés, des emmurées vivantes.

Merci à Manu pour ce LV.

“Le Mystère de Callander Square” Anne Perry

Je poursuis ma découverte de la série Charlotte et Thomas Pitt écrite par Anne Perry. Grâce à une amie de Facebook qui m’a très généreusement offert plusieurs tomes de cette série et de celle de Monk, je peux lire dans l’ordre les deux différentes séries.

J’ai donc retrouvé avec plaisir ma chère Charlotte dans une nouvelle aventure. Le premier tome (L’Etrangleur de Carter Street) s’achevait sur les fiançailles de Charlotte et de Thomas, dans ce deuxième tome, Charlotte est enceinte de son premier enfant quand des jardiniers du Square Callander font une découverte macabre : deux bébés enterrés. Autour de ce square résident plusieurs familles de la haute société londonienne, des familles qui se côtoient et semblent tous avoir des choses à cacher. Très vite, on soupçonne des amours ancillaires et une volonté de dissimulation de grossesses non voulues. Thomas est chargé de l’enquête sur le terrain, mais Charlotte fait appel à sa soeur, Emily, qui, par son mariage, a accédé à cette haute société. Les deux sœurs décident de donner un coup de main à Thomas. Charlotte se fait engager auprès du Général Ballantyne, l’un des habitants du square pour tenter de glaner quelques informations, tandis qu’Emily use de sa haute maîtrise des conventions sociales pour nouer des liens avec les jeunes filles des différentes familles.

Comme dans le premier tome, Anne Perry maintient le suspens, et lance plusieurs pistes pour mieux dissimuler le réel coupable et la raison du crime. Les rebondissements sont présents et sont autant de coups de théâtre qui relancent l’intrigue tout en égarant encore plus le lecteur. Durant la plupart du roman, l’enquête semble piétiner et les suspects sont nombreux, ce n’est qu’à la toute fin du roman que le voile du mystère sera déchiré !

Au-delà de l’intrigue policière, sans doute plus marquée que dans le premier tome, j’ai particulièrement aimé la façon dont Anne Perry dresse un portrait social de la bonne société anglaise et notamment soulève la question des amours ancillaires, et des grossesses qui en sont souvent les malheureuses conséquences. Anne Perry révèle l’hypocrisie, en faisant sauter le vernis de cette société, en levant le voile sur les mariages arrangés pour éviter les scandales. Car tout est là : faire bonne figure, envers et contre tout.

A travers ce roman c’est aussi la condition des femmes qui est en jeu ici. L’ennui de ces femmes de la bonne société souvent mal mariées, supportant les infidélités maritales, mais aussi la condition de ses bonnes soumises aux désirs de leur maître et que l’on est prêt à accuser ou à écarter pour éviter de nuire à la bonne réputation de la famille. Mais Anne Perry montre aussi la force de caractère de certaines de ces femmes devant faire face aux égarements de leurs filles, et aux frasques de leur mari.

La sœur de Charlotte, Emily, m’est apparue plus intéressante que dans le premier tome, j’aime sa diplomatie et son intelligence, sa façon de maîtriser les conventions sociales pour percer les hypocrisies. Thomas, par son débraillé, son sens de la réflexion est également un personnage passionnant et son amour pour Charlotte le rend encore plus attachant.

Anne Perry, dans cette série, fait un portrait assez corrosif de la société victorienne, et maintient mon envie de poursuivre les aventures de ses personnages.

Roman lu dans le cadre du Challenge Victorien, du Challenge Anne Perry, du Challenge Polar Historique et du Challenge God Save the Livre.