“Le Camion blanc” de Julie Resa

La narratrice est en congé maternité. Sa mère a été emportée par un cancer fulgurant un an auparavant, et pour aider son père, la narratrice est venue vivre dans la maison de son enfance. Absorbée par les soins qu’elle donne à sa petite fille, et ses visites au cimetière, la jeune femme sombre, petit à petit dans la dépression qu’un camion blanc va cristalliser. Le véhicule garé devant le mur recouvert de lierre rouge, gâche l’harmonie de cette belle maison. Il va devenir une vraie obsession, un catalyseur d’énervement.

Ce court roman est un récit à la première personne, une confession au jour le jour rythmée par les tentatives de la narratrice pour faire déloger ou détériorer ce camion qui incarne la mélancolie noire de la jeune femme. Au fil des chapitres, nous sentons monter une certaine folie. En dehors de sa fille et de ses sorties au cimetière, toutes les pensées de la jeune femme se focalisent sur ce camion et son propriétaire qui, une fois identifié, se refuse à déplacer son camion.

Ce camion est la métaphore du poids existentiel qui étouffe la narratrice. Son omniprésence, sa masse, son aspect invulnérable symbolise cette dépression due à la fois au blues de l’accouchement et à la mort de la mère. Toutes les attaques contre ce camion sont des tentatives vaines, en même temps qu’une certaine affection nait de ce rapport étrange avec ce véhicule, affection que tout malade dépressif a, également pour sa maladie : à la fois l’envie de s’en sortir et en même temps une certaine complaisance dans la mélancolie. Le véhicule en dévisageant la maison de son enfance, et indirectement de sa mère, empêche de retrouver l’harmonie familiale souhaitée par la narratrice. Il marque également le changement, incarne la fin de l’enfance : devenir mère c’est sortir de son rôle d’enfant, et ce changement est d’autant plus brutal que la mère de la narratrice est morte, et ne peut plus l’accompagner dans cette évolution.

Le style est simple mais efficace, des phrases courtes sans introspection, juste le récit des faits qui à eux seuls témoignent du comportement dépressif de la narratrice. Un premier roman réussi donc, pour une auteure grenobloise qui gagne à être connue.

Un roman court mais intéressant et juste qui dit, sans sentimentalisme, la difficulté d’être mère et du deuil de nos parents.

Roman lu dans le cadre du Défi Premier Roman, du Challenge Dame de Lettres.

35 réflexions sur ““Le Camion blanc” de Julie Resa

  1. C’est toujours la façon dont les sujets sont traités qui est intéressante vu que presque tout à déjà été dit (paraît-il !)! Tu me tentes diablesse, tu me tentes ! Je le note… :)

  2. Waouh, ça n’a pas l’air super optimiste comme livre… Du coup, il ne me fais pas tellement envie non plus.
    Je suis soulagée car j’avais peur que tous les livres que tu lis finissent un jour dans ma PAL ;-)

  3. Bonjour,
    J’ai découvert votre blog qui me plait bcp !!
    Je suis bibliothécaire en section jeunesse.
    J’ai pris “le camion blanc” , j’ai hâte de le lire :-) ))
    continuez!!!!!

à vous....

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