Déniché au fin fond de ma bibliothèque, ce roman s’est comme imposé à moi. De Barbey d’Aurevilly, j’avais lu Les Diaboliques et La Vieille maîtresse pendant mes études de lettres. Ces lectures passées étaient essentiellement liées aux cours d’histoire littéraire que je suivais alors. Il m’en ait resté un souvenir puissant, de mystère concernant l’intrigue, au bord du fantastique, et un style particulier, souvent difficile. Je vous déconseille de lire la 4ème de couv. de l’édition Folio qui, une fois de plus, révèle la fin de l’histoire en axant le roman vers un roman policier alors que ce roman est bien autre chose.
En Normandie, le narrateur (qui s’assimile à l’auteur) s’en retourne au pays. Un soir, parvenu dans une auberge mal famée, il fait la connaissance de maître Tainnebouy qui le guide dans la lande déserte et dangereuse de Lessay. La nuit tombe pendant la traversée, et maître Tainnebouy raconte alors au narrateur une histoire bien étrange, que le narrateur va reprendre à son compte, dans un récit enchâssé.
Au lendemain des évènements de la chouannerie, l’abbé de Croix-Jugnan s’installe dans le village de Blanchelande. Ancien chouan, devant la cause perdue, il avait tenté de se suicider en se tirant une balle dans la tête. Recueilli et soigné par une pauvre femme du pays, il garde les cicatrices monstrueuses de son acte, d’autant plus répréhensible pour un prêtre. Dans ce village, Jeanne Le Hardouey, issue d’une famille noble, les Feuradent, a épousé un homme enrichi sur les évènements de la Révolution. A la vue de cet abbé sombre dissimulé par un capuchon noir, elle est comme hypnotisée… Cette femme fière va petit à petit se laissait gagner par un amour interdit et fatal.
Ce petit résumé tient toute l’intrigue. Plus que l’histoire en elle-même, le style de Barbey d’Aurevilly porte tout le roman. Entre romantisme noir, fantastique et symbolisme, Barbey d’Aurevilly nous plonge dans les superstitions, les affres de l’imagination et les malédictions paysannes.
L’imagination continuera d’être, d’ici longtemps, la plus puissante réalité qu’il y ait dans la vie des hommes. (p.38)
Dénonciation de la modernité et du positivisme de ce milieu du XIXème siècle (le roman date de 1855), ce roman mêle des élans de romantisme noir digne Des hauts de Hurlevent ou du Moine de Lewis, à un réalisme d’époque en décrivant le pays natal de l’auteur. Dans une atmosphère sombre, où la nuit révèle ses mystères et ses horreurs, la lectrice que je suis, a goûté avec bonheur un plaisir oublié, celui d’une écriture dense et suggestive. Il ne se passe pas grand chose, tout est plus ou moins suggéré, cet abbé de la Croix-Jugnan apparaît finalement assez peu dans le roman, car ce qui prime, ce ne sont pas tant les faits, que les superstitions, les on-dit de village. L’abbé, homme sombre, monstrueux est assimilé à Satan, l’ange déchu.
- C’est un prêtre, – répondit la Clotte.
- Les anges sont bien tombés ! – dit Jeanne.
- Par orgueil, – répondit la vieille ; – aucun n’est tombé par amour. (p.180)
La malédiction de Jeanne se resserre progressivement sur elle, sans que l’on sache réellement ce qu’elle ressent, si ce n’est dans ces échanges avec la Clotte, vieille infirme au courant du passé de l’abbé. J’ai lu ce roman comme poussée à la fois par le besoin d’en savoir plus et par l’intérêt littéraire, car décidément je me répète, mais Barbey d’Aurevilly a un style bien à lui, très moderne qui m’a rappelé celui de Joris-Karl Huysmans dans Là-Bas qui date pourtant de 1891. Difficile de classer Barbey d’Aurevilly dans un courant littéraire particulier, en cela il est symptomatique de l’échec de cette volonté de faire rentrer les auteurs dans les petites cases de l’histoire littéraire : romantique, réaliste, il annonce aussi le symbolisme décadent que le A Rebours de Huysmans de 1884 incarne parfaitement. Détesté par Hugo, Flaubert ou Zola, il fut l’ami de Léon Bloy et de Huysmans, dandy majestueux il fut le premier, avant Baudelaire à écrire un essai sur le dandysme.
Roman certes alléchant par son thème, il reste cependant d’une lecture délicate bien que savoureuse.

Je crois bien avoir lu ce livre pendant mes études (non pas qu’elle soient si lointaines que cela, mais j’ai du mal à dater…) et je me rappelle, effectivement, que la lecture m’était assez ardue.
Néanmoins j’en garde un très bon souvenir.
Ton article me donne envie de replonger dans l’une de ses oeuvres, merci !
Je lirais bien “le chevalier des Touches”
Je n’ai jamais lu ce roman mais pour l’instant il ne me tente pas… Bonne journée !
bonne journée à toi aussi
J’ai essayé plusieurs fois de lire les oeuvres de Barbey d’Aurevilly, mais je n’arrive pas à me plonger dans ses romans, son style me rebute, je ne sais pas pourquoi. Il faudra quand même que je m’accroche un jour ! Lequel des 3 que tu as lu conseilles-tu le plus ?
Si tu as du mal avec son style (ce que je comprends très bien !!) tu peux commencer par le recueil de nouvelles : “les diaboliques” !
tu ressors tous tes classiques ?
bises
Oui ! j’ai une envie de classiques en ce moment
J’avoue humblement mon ignorance de cet auteur dont je n’ai lu aucun roman… Tout comme Co, je suis curieuse de connaître le titre que tu recommanderais pour commencer à l’aborder…
Tu peux attaquer par “les diaboliques” ça te donnera une petite idée de son style ! bises !
ça fait des lustres que je veux le lire ! Mais je ne sais toujours pas quand …
C’est notre problème à tous : le temps
J’avais beaucoup aimé ce roman lu l’année dernière, et après celui-ci, j’ai eu envie de découvrir le reste ! C’est vrai que le sort de cette malheureuse femme m’a perturbé pendant un bon moment ! J’ai lu Les diaboliques et j’ai apprécié le style de cet auteur, tellement d’ailleurs que je relis parfois ses nouvelles…
Je crois que j’ai lu ton billet sur “les diaboliques” ! Cette Jeanne est en effet un personnage très touchant et perturbant, malgré la laideur de l’abbé on se sent attiré par cet homme bien étrange et inquiétant !
J’ai bien aimé ce livre ! L’atmosphère de la lande de Lessay et des marais est tellement bien rendue!
C’est vrai que dès l’ouverture du roman on est happé par cette ambiance sombre et étrange !
J’adore Barbey d’Aurevilly! J’ai lu, il y a déjà bien longtemps, à peu près tout ce qui était disponible de lui en poche à l’époque. J’aimais beaucoup son style, l’histoire qui démarrait très lentement et le rythme qui s’accélérait progressivement, à mesure que le drame se nouait. Ca fait déjà un bon moment que j’ai envie de me replonger dans sa bibliographie… mais il y a tellement de livres à (re) lire et si peu de temps!
Ca me fait super plaisir de lire un billet sur une de ses oeuvres, en tout cas.
Mes lectures de Barbey remontaient à plusieurs années mais j’ai retrouvé le même plaisir qu’avant avec ce roman, avec un petit quelque chose en plus les années et l’expérience aidant !
AHHHHHHHHH !!! Ouf !!! j’ai eu peur !!!!!!!
Ça fait un bout de temps que je ne suis pas passée par là et ce matin j’ai eu une envie irrépressible… et je tombe….. sur ton autre blog………. je me suis dit “Oh non, ce n’est pas possible !! Pas George !!!”… et en lisant un peu mieux qu’en diagonale, je vois que tu te consacres à “ton blog lecture”…… OUF !!!!!!!!!!
Alors voilà, pour ne pas te perdre, je vais m’abonner au flux et sans doute revenir hanter tes petits billets…
Bises
Fany
Je suis heureuse que tu m’aies retrouvée !!!! alors à très bientôt !
Ah bah voilà, internet ne marchait que bizarrement chez moi depuis 3 jours et je vois que mon commentaire n’est même pô là !! Je te disais que tu n’en avais pas assez devant pour aller ressortir les poussiéreux de derrière les fagots ?? Cela dit les petits classiques (et les grands) ça réconcilie avec la littérature. J’avais tout lu de ce Barbey pendant mes études, il faudra que je m’y replonge…^^
ben si je l’ai eu ton message où tu me disais d’aller fouiller derrière, dans le coin qui prend la poussière ! il me semble même t’avoir répondu ! mais c’était peut-être sur FB…. on s’y perd ma pauv’dame
J’avais lu et beaucoup aimé “Les diaboliques” il y a quelques années. Cette ensorcelée me tente bien également…
Il faudrait que je relise “les diaboliques” !!!!
Nous pourrions le relire ensemble, si le coeur t’en dit ?
Un auteur que je n’ai pas encore découvert alors pourquoi avec ce titre…
Aaahhh ! Ton billet me tente énormément ! J’espère malgré tout que ce n’est pas une lecture trop difficile…
J’ai adoré tout ce que j’ai lu de cet auteur. Alors forcément, l’Ensorcelée est dans ma PAL !!