“Le Mépris” Alberto Moravia

Ce court roman d’Alberto Moravia (Il Disprezzo, titre original) est bien sûr connu, aussi, pour l’adaptation cinématographique réalisée par Jean-Luc Godard, sortie en 1963 avec dans les rôles principaux : Brigitte Bardot et Michel Piccoli. Toutefois, Godard transpose le couple italien de Moravia en un couple français, et mène une réflexion sur le film Voyage en Italie de Rossellini. Le thème principal, du roman comme du film, est le couple, et comment celui-ci peut voler en éclat.

Le narrateur de Moravia, Molteni, couche par écrit la décomposition de son couple, opère une analyse des évènements qui ont, petit à petit, conduit le couple à se séparer. Roman d’introspection donc avant tout, de réflexion, d’analyse. Les faits sont racontés du point de vue de l’homme. Sa femme, Emilia, est présentée comme une belle femme, très attachée à son mari, dépendante même de la présence de l’homme, soucieuse de son intérieur. Le roman fut écrit en 1954, et la perception du rôle de la femme en est symptomatique. Emilia est la Femme italienne des années 50, du moins est-ce la perception qu’en donne Molteni. Elle reprochera d’ailleurs à son mari de ne pas se comporter en Homme. S’opposent donc deux perceptions de l’homme et de la femme. Quel est le rôle de l’homme, quel est la place de la femme dans le couple ? Chaque chapitre révèle la progressive rupture du couple et les tentatives de Molteni pour comprendre le changement de comportement de sa femme.

En parallèle, et dans une mise en abyme assez bien orchestrée, Molteni se voit charger d’écrire le scénario d’un film, adaptation de l’Ulysse de Homère. Un deuxième couple vient donc s’immiscer dans le roman, celui de Pénélope et d’Ulysse. Pourquoi Ulysse tarde-t-il tant à rentrer auprès de Pénélope ? ou comment l’analyse de ce couple mythologique finit par donner la solution aux problèmes de couple de Molteni.

L’adaptation moderne de Godard donne une vision partielle du roman de Moravia. Ce dernier est particulièrement intéressant pour son aspect psychologique, pour son analyse du couple, et comment, par certains malentendus, attitudes non réfléchies, l’amour peut être remplacé par le mépris. Emilia est une figure féminine marquante, même si elle incarne une féminité un peu démodée. Femme soumise, entièrement abandonnée à l’homme, incapable de vivre une journée loin de son mari, Emilia va petit à petit se libérer. Molteni, sûr de l’amour de sa femme, ne se rend pas compte qu’il fait jouer à sa femme un rôle dégradant, contre lequel elle va se révolter.

Cette lecture fut pour moi à la fois agréable et par moment un peu lassante. Les réflexions de Molteni tournent parfois en rond, la perception de la femme ne pouvant exister que dans l’amour et le regard admiratif de l’homme m’a paru quelque peu démodée, il faut donc bien prendre en considération l’époque de l’écriture. Godard en prenant BB pour incarner Emilia (rebaptisée Camille Javal dans le film) modernise incontestablement le roman, l’aspect sulfureux et séducteur de l’actrice ne sont pas évoqués dans le roman, bien au contraire, Emilia ne cesse de baisser les yeux, de se taire, et Godard a effacé (du moins dans mon souvenir du film) l’aspect bonne ménagère d’Emilia.

Ce fut toutefois une lecture intéressante, et pour moi l’occasion de me replonger dans la littérature italienne.

 

 

 

 

28 réflexions sur ““Le Mépris” Alberto Moravia

    • Je l’ai vu plusieurs fois, mais il y a maintenant quelques temps, il faudrait que je le revois maintenant que j’ai lu le roman de Moravia !

  1. Cela fait bien longtemps que j’ai lu ce livre de Moravia, qui m’avait beaucoup plu à l’époque. J”avais d’ailleurs très envie de le relire cette année en italien, projet que je vais donc reporter à l’année prochaine. Quant au film de Godard, je l’ai vu plusieurs fois et ne m’en lasse pas. Je vais même de ce pas sortir le dvd de son placard pour le revoir un de ces jours !

    • Je l’aurais bien lu en italien aussi, mais manque de temps ;( ! si tu revois le film, tu me diras si ma comparaison est juste, je me suis basée sur mes souvenirs du film !

  2. Je tenais à vous remercier pour vos superbes articles littéraires. Moi, qui jusqu’ici ne lisait que pour le plaisir, depuis que je consulte vos deux blogs, j’ai envie d’en connaitre davantage sur la littérature.

    • C’est vrai que la musique est magnifique !
      Pardon pour mes coordonnées, je t’envoie ça tout de suite !!! merci !!!

  3. Jeudi soir, passait sur France 5 un excellent documentaire sur le tournage du mépris par Godard réalisé par Moatti

    Piquée par ton billet et malgré ma fatigue, j’en ai regardé un bonne demi heure, Godard expliquait comment il s’était approprié l’histoire pour faire son film c’était exceptionnel.

    N’étant pas fan de Bardot comme l’irreguliere j’ai trouvé que Picoli et elle formait un couple d’enfer!

    • oui je l’ai ratée !! j’espère pouvoir la voir sur internet ! j’aime beaucoup Bardot moi aussi, et ce film est un classique que j’aime revoir !

à vous....

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s