J’ai eu une période Henry James assez prospère dans ma jeunesse (Confiance, Les Bostoniennes, Les Ailes de la colombe, Le sens du passé etc.), et puis je suis passée à autre chose, me promettant de revenir à lui un jour. Le Challenge Henry James, lancé par Cléanthe, était un très bon prétexte, il était temps que je l’honore. J’ai donc extirpé de ma PAL, un petit roman d’à peine une centaine de pages : La Bête de la Jungle.
John Marcher retrouve May Bartram lors d’une réception somptueuse. Alors qu’elle se souvient parfaitement de leur première rencontre à Rome, plusieurs années auparavant, John Marcher a, quant à lui, un vague souvenir de la jeune fille qu’elle fut. Les circonstances de leur première rencontre, les paroles échangées, les lieux ont pris un contour flou dans le souvenir de Marcher. May évoque alors une phrase du passé, un secret que Marcher avait laissé échapper sur lui. Une amitié sincère se noue alors entre les deux personnages, liés par ce secret, cette petite honte, cette Bête tapie dans la jungle.
Henry James n’est pas auteur facile, enfin je trouve. Il manie le non-dit, le suggéré avec art, déroutant un peu son lecteur (ou sa lectrice) lui donnant peu d’indices, le laissant se dépatouiller avec les quelques informations distillées dans le texte. Bien qu’aimant beaucoup cet auteur, j’ai toujours ressentie comme un malaise, le sentiment désagréable parfois que le texte résiste. Ce fut encore le cas avec ce roman : quel est donc ce secret, exactement ? Les hypothèses sont allées bon train, et je fus comme rassurée à la fin quand , enfin, ce que j’avais cru comprendre fut révélé comme vrai.
Il faut dire que Henry James, comme souvent dans ses romans, s’intéresse avant tout à la psychologie des personnages, à leurs ambiguïtés, à leur part d’ombre aussi. Ses personnages ne sont pas forcément sympathiques. Le personnage de John Marcher m’a fait penser au Henry James que David Lodge décrit dans son roman biographique L’Auteur, l’auteur, et notamment dans la relation entre Henry James et Constance Fenimore Woolson, amitié ambigüe. John Marcher apparaît comme un vieux garçon esthète, croyant être promis à un destin brillant, attendant un évènement qui bousculerait son quotidien, mais trop nombriliste, quand cet évènement survient, il ne le perçoit pas.
Ce roman est un beau récit sur la vie, sur cet instant qu’il faut savoir saisir, sur l’échec aussi. Un roman sur l’égoïsme, l’impossible ouverture de soi vers l’autre et donc sur l’amour perdu.
Roman lu dans le cadre du Challenge Henry James et du Challenge God Save the Livre, prolongé sur l’année 2012 (chouette!)































































